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Guadeloupe

Un archipel de cinq îles, 1 628 km², habité depuis plus de trois mille ans — bien avant que quiconque ne prétende l'avoir découvert. Une terre où l'on a préféré mourir libre plutôt que de redevenir esclave, et où le tambour qu'on voulait faire taire est aujourd'hui reconnu par l'UNESCO.

La Guadeloupe a connu la liberté en 1794, puis l'a vue lui être reprise en 1802. Elle sait donc mieux que personne que rien n'est acquis — et c'est peut-être pour cela qu'elle n'a jamais cessé de se battre.

Guadeloupe

PREMIERS PEUPLES

Les roches gravées

À Trois-Rivières, des dizaines de pétroglyphes ont été gravés dans la pierre par les peuples amérindiens de l'île. Ce sont les plus anciennes œuvres de l'archipel, et les seules qui n'aient rien à voir avec l'Europe. Le site est l'une des deux premières protections au titre des monuments historiques en Guadeloupe.

Vingt galions

Une flotte espagnole mouille en Côte sous le Vent pour faire de l'eau et du bois. Les Kalinago l'attaquent ; en tentant de repartir, une vingtaine de navires est jetée sur les roches par un coup de vent. Beaucoup d'hommes meurent. Le site du naufrage n'a jamais été retrouvé.

Ils n'ont pas disparu

Les Kalinago existent toujours : leurs descendants vivent sur un territoire de la Dominique, à quelques dizaines de kilomètres d'ici. Et leur langue est passée dans la nôtre — patate, hamac, ouragan, canoë viennent des langues arawak et kalinago. On les parle tous les jours sans le savoir.

LE NOM

Karukera

Avant Colomb, l'île portait un nom kalinago, transmis jusqu'à nous sous la forme Karukera, « l'île aux belles eaux ». Son origine exacte reste discutée par les historiens — les Kalinago n'écrivaient pas, et tout ce qui nous en reste a été noté par ceux qui les ont chassés.

Un monastère à 6 000 km

Le 4 novembre 1493, Colomb débarque et baptise l'île Guadalupe, d'après le monastère Santa María de Guadalupe, en Estrémadure. Le nom que porte le pays aujourd'hui désigne un sanctuaire espagnol situé à six mille kilomètres de là.

Un archipel nommé par un équipage

La Désirade parce que l'équipage désirait voir la terre. Marie-Galante d'après le nom du navire amiral. Les Saintes pour la Toussaint. Tout l'archipel porte les humeurs et le calendrier de marins de passage.

RÉSISTANCE

Quatre traités, aucun respecté

1636, 1640, 1660, 1669 : quatre traités de paix sont signés avec les Kalinago. Aucun ne sera tenu. Un quart de siècle de guerre s'achève par leur éviction, mais ils auront tenu tête quarante ans à trois puissances européennes.

Louis Delgrès — 28 mai 1802

Officier républicain né en Martinique, Delgrès refuse le rétablissement de l'esclavage voulu par Bonaparte. Acculé à Matouba avec environ trois cents hommes et femmes, il fait sauter leur refuge à la poudre plutôt que de se rendre. Leur devise : « Vivre libre ou mourir ».

Solitude, née dans l'esclavage

Rosalie, dite Solitude, naît vers 1772 en Guadeloupe. Femme métisse née esclave, elle rejoint l'appel de Delgrès en 1802, enceinte de trois mois, arme au poing. Capturée, on attend qu'elle accouche pour l'exécuter : elle est mise à mort le 29 novembre 1802, au lendemain de la naissance de son enfant.

À l'univers entier

Le 10 mai 1802, Delgrès placarde une proclamation : « À l'univers entier, le dernier cri de l'innocence et du désespoir ». Son co-rédacteur Monnereau, invité à renier le texte parce qu'il n'était pas afro-descendant, refusa. Il fut pendu.

MÉMOIRE

17 juillet 1802

Après Matouba, un arrêté restreint la citoyenneté française aux seuls Blancs. Les Noirs libres doivent désormais prouver leur affranchissement. La couleur de peau devient un critère juridique : un ordre ségrégationniste, installé pour quarante-six ans.

Mai 1967

Des ouvriers du bâtiment réclament 2,5 % d'augmentation. À Pointe-à-Pitre, les CRS ouvrent le feu sur la foule. Le bilan varie de 5 à 87 morts selon les sources — parmi eux le militant Jacques Nestor. Plus d'un demi-siècle plus tard, on ne sait toujours pas combien de personnes sont mortes.

Déportés en Corse

En 1802, après la répression, des Guadeloupéens et des Haïtiens sont déportés vers la Corse. Les soldats noirs faits prisonniers sont exécutés ou revendus sur les îles voisines.

HÉRITAGE

Le gwoka

Né dans les habitations, longtemps méprisé, le gwoka est inscrit en 2014 au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Son maître incontesté, Marcel Lollia dit Vélo, est mort en 1984 : de son vivant, il jouait dans la rue.

42 000 engagés indiens

À partir de 1854, 42 000 travailleurs indiens arrivent sous contrat pour remplacer les esclaves libérés. Il faudra attendre 1925 — soixante-dix ans — pour que leurs descendants obtiennent la nationalité française et le droit de vote.

Deux femmes, 1945

Pour la représenter à l'Assemblée constituante, la Guadeloupe élit deux femmes : Eugénie Éboué-Tell et Gerty Archimède. L'année même où les Françaises votent pour la première fois.

AUJOURD'HUI

Chlordécone

Interdit dans l'Hexagone en 1990, ce pesticide est resté autorisé par dérogation aux Antilles jusqu'en 1993. En juin 2026, Santé publique France mesurait 81,3 % des adultes guadeloupéens contaminés. Il tient dans les sols jusqu'à 600 ans.

Liyannaj Kont Pwofitasyon

Le 20 janvier 2009, la grève générale démarre en Guadeloupe et dure quarante-quatre jours. Le nom du collectif dit son programme : se lier ensemble contre la profitation. Le mot a depuis fait le tour des Antilles.

BUMIDOM

Créé en 1963, ce bureau d'État organise le départ d'environ 260 000 ultramarins vers l'Hexagone. La diaspora caribéenne de France n'est pas née d'un hasard migratoire : elle a été planifiée.