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Guyane

84 000 km² de forêt amazonienne, le plus vaste territoire français après l'Hexagone, habité depuis huit mille ans. Ici, la forêt n'a pas seulement été un décor : elle a été un refuge, et c'est ce qui a permis à des sociétés libres de se reconstruire hors d'atteinte des plantations.

La Guyane est le seul de nos territoires à porter un nom venu de la langue de ses premiers habitants, et le seul où six peuples autochtones vivent encore. C'est aussi celui où la France a envoyé ses bagnards pendant un siècle.

Guyane

PREMIERS PEUPLES

Six peuples, aujourd'hui encore

Kali'na, Wayana, Palikur, Arawak, Wayãpi, Teko. Six peuples autochtones vivent toujours en Guyane, parlant leurs langues et transmettant leurs cultures. Ce n'est pas de l'histoire ancienne : c'est le présent d'environ 5 000 à 9 000 personnes.

De 30 000 à 1 500

On comptait environ 30 000 Amérindiens en Guyane avant l'arrivée des Européens. Après 1885, la ruée vers l'or et les maladies importées ont réduit ces populations à 1 500 survivants au début du XXᵉ siècle. Vingt fois moins en trois siècles.

Huit mille ans de traces

Poteries, polissoirs de Rémire-Montjoly, gravures rupestres de la Carapa : les plus anciennes traces humaines de Guyane remontent au VIᵉ millénaire avant notre ère. Ces peuples ont aussi créé la terra preta, ces terres noires fertiles fabriquées de main d'homme.

5 avril 1791

L'assemblée coloniale accorde la citoyenneté française aux Amérindiens — sauf à ceux issus d'un métissage avec des Noirs. Une seule phrase qui dit tout de la hiérarchie raciale que la Révolution n'a pas défaite.

LE NOM

Terre d'eaux abondantes

« Guyane » vient d'un mot de langue arawak signifiant terre d'eaux abondantes. C'est le seul des cinq territoires dont le nom vient de la langue de ses premiers habitants — pas d'un saint, pas d'un monastère, pas d'un navire.

Le mont Cépérou

En 1643, les Français achètent aux Galibis une colline pour y bâtir ce qui deviendra Cayenne. Elle porte encore le nom du chef amérindien qui la leur céda : Cépérou. Le fondateur de la ville, lui, finira chassé par la révolte de ceux qu'il humiliait.

France équinoxiale

C'est ainsi que les colons appelaient la Guyane : la France de l'équinoxe, là où les jours et les nuits durent à peu près autant toute l'année. Un nom de projet, jamais celui d'un pays.

RÉSISTANCE

La forêt comme refuge

Par sa géographie amazonienne, la Guyane est la colonie française qui a connu le plus de fuites d'esclaves. Le marronnage n'y était pas une échappée isolée mais une stratégie : recréer, hors d'atteinte, des sociétés libres.

Les Bushinengués

Installés le long du Maroni, les descendants des marrons forment aujourd'hui une part importante de la population guyanaise. Langues, musiques, artisanat, le pangi : ils ont conservé des cultures africaines que l'esclavage avait pour but d'effacer.

Simon Frossard

Quand Bonapar te rétablit l'esclavage en 1802, deux à trois mille personnes refusent et repartent en forêt. Frossard, lui, y était depuis cinquante ans. Repris en 1808, il est décapité au sabre et sa tête exposée à Cayenne — preuve, s'il en fallait, de ce que sa liberté coûtait à l'ordre colonial.

Hector Ménénius

Ancien esclave, élu à l'Assemblée coloniale après l'abolition de 1794. En 1796, il participe à un complot que certains historiens lisent comme une tentative d'indépendance de la Guyane. Il est pendu à Cayenne.

MÉMOIRE

Les Îles du Salut

En 1763, Choiseul envoie environ 15 000 colons peupler la Guyane, sans que rien n'ait été préparé pour les accueillir. Douze mille meurent en un an. Les survivants se réfugient sur un archipel qu'on baptise pour l'occasion « Îles du Salut ». Un siècle plus tard, on y installera le bagne.

Le bagne, 1852-1953

Près de 90 000 hommes et 2 000 femmes y sont envoyés, souvent pour des délits mineurs. Plus d'un tiers n'en revient pas. Il aura fallu la campagne d'Albert Londres et du député guyanais Gaston Monnerville pour y mettre fin.

624 francs or

C'est la somme versée en Guyane pour chaque personne libérée en 1848 — aux propriétaires. Au total 126 millions de francs or, près de 27 milliards d'euros actuels, pour compenser la perte de 250 000 « travailleurs serviles ». Les affranchis n'ont rien reçu.

HÉRITAGE

Léon-Gontran Damas

Poète guyanais, co-fondateur de la négritude avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Le moins cité des trois, alors qu'il publie Pigments dès 1937, avant les autres. La Guyane lui rend hommage chaque 22 janvier.

Vingt langues

Créole guyanais, créole haïtien, sranan tongo, portugais, hmong, langues amérindiennes, bushinengué tongo. Le français n'est la langue maternelle que d'environ 15 % des habitants. La Guyane est un territoire français davantage créolophone que francophone.

Félix Éboué

Né à Cayenne, il devient en 1936 le premier Noir nommé gouverneur d'une colonie française. En 1940, il est l'un des premiers à rallier la France libre. Il repose au Panthéon.

AUJOURD'HUI

Kourou

Le centre spatial représente environ la moitié de l'activité économique guyanaise. Il est installé là où des milliers de colons sont morts en 1764. Mais les emplois qualifiés sont restés largement aux mains des métropolitains — un reproche que les Guyanais formulent depuis soixante ans.

L'or et le mercure

Dix à douze tonnes d'or seraient extraites illégalement chaque année, contre une à deux déclarées. Le mercure des orpailleurs clandestins contamine les fleuves : les populations amérindiennes présentent des taux supérieurs aux seuils fixés par l'OMS.

Pou Lagwiyann dékolé

Mars 2017 : une grève générale immobilise tout le territoire. Elle débouche sur les accords du 21 avril, un milliard d'euros et la reconnaissance par l'État de l'urgence guyanaise. Le titre de l'accord est en créole : « pour que la Guyane décolle ».