3.9339°N 53.1258°W

Guyane

Environ 84 000 km², couverts à près de 96 % par la forêt amazonienne : la Guyane est le plus vaste département français, habité depuis des millénaires. Ici, la forêt n'a pas seulement été un décor : elle a été un refuge, et c'est ce qui a permis à des sociétés libres de se reconstruire hors d'atteinte des plantations.

La Guyane porte un nom d'origine amérindienne et six peuples autochtones y vivent aujourd'hui. C'est aussi le territoire où la France a installé l'un de ses principaux systèmes pénitentiaires coloniaux pendant un siècle.

Guyane

PREMIERS PEUPLES

Six peuples, aujourd'hui encore

Kali'na, Wayana, Palikur, Arawak, Wayãpi, Teko. Six peuples autochtones vivent toujours en Guyane, parlant leurs langues et transmettant leurs cultures. Ce n'est pas de l'histoire ancienne : c'est le présent d'environ 5 000 à 9 000 personnes.

De 30 000 à 1 500

On comptait environ 30 000 Amérindiens en Guyane avant l'arrivée des Européens. Après 1885, la ruée vers l'or et les maladies importées ont réduit ces populations à 1 500 survivants au début du XXᵉ siècle. Vingt fois moins en trois siècles.

Huit mille ans de traces

Poteries, polissoirs de Rémire-Montjoly, gravures rupestres de la Carapa : les plus anciennes traces humaines de Guyane remontent au VIᵉ millénaire avant notre ère. Ces peuples ont aussi créé la terra preta, ces terres noires fertiles fabriquées de main d'homme.

5 avril 1791

L'assemblée coloniale accorde la citoyenneté française aux Amérindiens — sauf à ceux issus d'un métissage avec des Noirs. Une seule phrase qui dit tout de la hiérarchie raciale que la Révolution n'a pas défaite.

LE NOM

Terre d'eaux abondantes

« Guyane » vient d'un mot de langue arawak signifiant terre d'eaux abondantes. C'est le seul des cinq territoires dont le nom vient de la langue de ses premiers habitants — pas d'un saint, pas d'un monastère, pas d'un navire.

Le mont Cépérou

En 1643, les Français achètent aux Galibis une colline pour y bâtir ce qui deviendra Cayenne. Elle porte encore le nom du chef amérindien qui la leur céda : Cépérou. Le fondateur de la ville, lui, finira chassé par la révolte de ceux qu'il humiliait.

France équinoxiale

C'est ainsi que les colons appelaient la Guyane : la France de l'équinoxe, là où les jours et les nuits durent à peu près autant toute l'année. Un nom de projet, jamais celui d'un pays.

RÉSISTANCE

La forêt comme refuge

Par sa géographie amazonienne, la Guyane a connu un marronnage important. La forêt a servi de refuge à des personnes fuyant l'esclavage, qui y ont parfois reconstitué des sociétés libres hors d'atteinte des plantations.

Les Bushinengués

Installés le long du Maroni, les descendants des marrons forment aujourd'hui une part importante de la population guyanaise. Langues, musiques, artisanat, le pangi : ils ont conservé des cultures africaines que l'esclavage avait pour but d'effacer.

Simon

Au début du XIXᵉ siècle, Simon, ancien esclave ayant appartenu à Frossard, devient une figure du marronnage en Guyane. Capturé en 1808, il est exécuté à Cayenne, où sa tête est exposée après sa mort.

Hector Ménénius

Ancien esclave, élu à l'Assemblée coloniale après l'abolition de 1794. En 1796, il participe à un complot que certains historiens lisent comme une tentative d'indépendance de la Guyane. Il est pendu à Cayenne.

MÉMOIRE

Les Îles du Salut

En 1763, Choiseul envoie environ 15 000 colons peupler la Guyane, sans que rien n'ait été préparé pour les accueillir. Douze mille meurent en un an. Les survivants se réfugient sur un archipel qu'on baptise pour l'occasion « Îles du Salut ». Un siècle plus tard, on y installera le bagne.

Le bagne, 1852-1953

Plus de 100 000 condamnés sont envoyés dans les bagnes de Guyane entre 1852 et 1953, parmi lesquels environ 2 000 femmes. Transportés, déportés et relégués relevaient de catégories pénales différentes. La campagne d'Albert Londres, puis l'action politique notamment de Gaston Monnerville, contribuent à la fin progressive du système.

L'indemnité de 1849

Après l'abolition de 1848, la loi du 30 avril 1849 prévoit une indemnisation des anciens propriétaires d'esclaves. À l'échelle des colonies françaises, 126 millions de francs sont prévus pour les indemniser. Les personnes affranchies, elles, ne reçoivent pas de compensation financière équivalente.

HÉRITAGE

Léon-Gontran Damas

Poète guyanais, co-fondateur de la négritude avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Le moins cité des trois, alors qu'il publie Pigments dès 1937, avant les autres. La Guyane lui rend hommage chaque 22 janvier.

Vingt langues

Créole guyanais, créole haïtien, sranan tongo, portugais, hmong, langues amérindiennes, langues bushinenguées : la Guyane est l'un des territoires les plus multilingues de France. Dans une enquête de l'Insee, environ 44 % des habitants interrogés déclarent ne pas avoir le français comme langue maternelle.

Félix Éboué

Né à Cayenne, il devient en 1936 le premier Noir nommé gouverneur d'une colonie française. En 1940, il est l'un des premiers à rallier la France libre. Il repose au Panthéon.

AUJOURD'HUI

Kourou

Le Centre spatial guyanais est un pilier majeur de l'économie locale. Une étude de l'IEDOM estimait la filière spatiale à environ 12,6 % de la valeur ajoutée guyanaise en 2019. Installé à Kourou depuis les années 1960, il structure durablement l'emploi, les infrastructures et l'activité du territoire.

L'or et le mercure

Dix à douze tonnes d'or seraient extraites illégalement chaque année, contre une à deux déclarées. Le mercure des orpailleurs clandestins contamine les fleuves : les populations amérindiennes présentent des taux supérieurs aux seuils fixés par l'OMS.

Pou Lagwiyann dékolé

Mars 2017 : une grève générale immobilise tout le territoire. Elle débouche sur les accords du 21 avril, un milliard d'euros et la reconnaissance par l'État de l'urgence guyanaise. Le titre de l'accord est en créole : « pour que la Guyane décolle ».