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Saint-Barthélemy

Vingt-quatre kilomètres carrés de roche sèche, sans rivière, sans terre à sucre. Cette pauvreté a longtemps mis Saint-Barthélemy à l'écart des grandes habitations sucrières de ses voisines.

En 1812, près d'un habitant de Gustavia sur deux était en esclavage. Après l'abolition de 1847, une importante émigration de la population nouvellement affranchie transforme durablement la démographie de l'île — un pan de son histoire souvent moins visible dans les présentations touristiques.

Saint-Barthélemy

PREMIERS PEUPLES

Ouanalao

C'est le nom kalinago de l'île. Faute d'eau douce et sur un sol pauvre, elle n'a sans doute jamais été habitée en permanence : les peuples amérindiens la fréquentaient, y pêchaient, y faisaient escale.

1656 : l'île reprise

Huit ans après la première installation française, les Kalinago attaquent et la colonie s'effondre. L'île est totalement abandonnée pendant trois ans. Les chroniqueurs de l'époque, tous du côté des colons, décrivent l'événement comme un « carnage » commis par des « barbares ».

Ce qu'ils ont laissé

Aucune fouille systématique n'a jamais été menée ici. On leur attribue pourtant l'introduction du ricin, du corossolier et de la pomme-cannelle — des plantes embarquées comme provisions de bord, restées sur l'île après eux.

LE NOM

Le frère du navigateur

En 1493, Colomb baptise l'île San Bartolomeo, en l'honneur de son frère Bartolomeo. Ce dernier n'a jamais mis les pieds sur l'île qui porte encore aujourd'hui son prénom.

Du Carénage à Gustavia

Le bourg s'appelait le Carénage — du nom du travail qu'on y faisait, réparer les coques des navires. Vers 1787, les Suédois le rebaptisent Gustavia, en hommage à leur roi.

Trois couronnes

Le blason de l'île porte les trois fleurs de lys françaises, la croix de Malte de l'Ordre de Saint-Jean, et les trois couronnes suédoises. Trois souverainetés européennes successives sur 24 km².

ESCLAVAGE

La Suède écrit ses règles

En 1787, l'administration suédoise adopte une ordonnance qui codifie et réglemente l'esclavage à Saint-Barthélemy sous souveraineté suédoise, succédant au cadre colonial français antérieur.

Gustavia, 1812

Sur les 3 881 habitants du port, on comptait 1 025 Blancs, 1 038 personnes de couleur émancipées et 1 818 esclaves.

Le port franc

Neutre pendant les guerres européennes, franc de droits, Gustavia devient un lieu de transit où l'on entrepose, spécule et pratique la contrebande — un des points d'escale du trafic d'êtres humains entre l'Afrique et les Amériques.

9 octobre 1847

La Suède abolit définitivement l'esclavage à Saint-Barthélemy le 9 octobre 1847, quelques mois avant l'abolition française de 1848. Au total, 523 personnes sont libérées au cours du processus d'émancipation. Le 9 octobre est aujourd'hui la date officielle de commémoration de l'abolition à Saint-Barthélemy.

MÉMOIRE

Où sont-ils allés

Après 1847, une part importante de la population nouvellement affranchie quitte l'île, où les possibilités de travail et d'accès à la terre sont limitées. Cette émigration contribue durablement à transformer la démographie de Saint-Barthélemy.

350 voix sur 351

En 1877, la Suède ne veut plus de l'île : cyclones, incendie de Gustavia en 1852, budget en déficit. Après l'avoir proposée aux États-Unis et à l'Italie, Oscar II la cède à la France. Le référendum local est presque unanime : 350 voix sur 351 votants.

La misère, longtemps

En 1946, sur 1 249 personnes ayant un emploi, 285 vivaient de l'agriculture. À peine la moitié des habitants savait lire et écrire. Un géographe de passage en 1947 décrivait une population « sinon de misère, au moins de gêne ». La première centrale électrique de l'île entre en service en 1962.

HÉRITAGE

Deux langues, 24 km²

On parle le patois saint-barth côté sous le vent, le créole saint-barth côté au vent. Ici, la frontière entre les deux langues est géographique, pas raciale — une particularité dans la Caraïbe. Le patois garde des tournures du français du XVIIᵉ siècle.

Les chapeaux de Corossol

Un palmier sabal introduit vers 1890 a donné naissance à un artisanat tenu par les femmes : le tressage de la paille. Les plus fins chapeaux demandaient huit jours de travail. Aujourd'hui encore, des femmes de Corossol tressent la latanier.

Une poignée de noms

Gréaux, Magras, Laplace, Berry, Brin, Aubin, Laurent, Garin. Les patronymes de l'île sont peu nombreux et se répètent depuis le XVIIᵉ siècle. Dans cette petite population longtemps isolée, les études démographiques montrent une forte endogamie historique.

AUJOURD'HUI

1957 : Rockefeller

En 1957, le milliardaire américain David Rockefeller fait bâtir une villa à l'anse de Colombier. D'autres visiteurs fortunés suivent. En quelques décennies, l'île se transforme en destination internationale haut de gamme, et le tourisme devient le moteur central de son économie.

Des quartiers fermés

Les secteurs de villas sont surveillés par des sociétés de gardiennage privées et inaccessibles — aux visiteurs comme aux habitants. Tout est importé : jusqu'à 400 % de surcoût sur certaines denrées. Il n'existe pas de lycée général complet sur l'île : le collège Mireille-Choisy propose notamment une classe de seconde et certaines formations, tandis que beaucoup d'élèves poursuivent ensuite leur scolarité hors de Saint-Barthélemy.

Sortie de l'Europe

Détachée de la Guadeloupe en 2007, Saint-Barthélemy quitte l'Union européenne en janvier 2012 pour devenir un territoire associé. Elle a gardé son statut de port franc, hérité des Suédois.