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Saint-Martin

Quatre-vingt-dix kilomètres carrés, deux pays, une seule île, traversée par une frontière internationale que l'on franchit habituellement sans poste de contrôle permanent. Habitée depuis cinq mille ans, convoitée pour son sel, partagée en 1648 par un traité qui tient encore.

C'est ici que le nom Richardson est le plus répandu de toute la Caraïbe française.

Saint-Martin

PREMIERS PEUPLES

Cinq mille ans de pirogues

Les premiers groupes méso-indiens arrivent en pirogue depuis les côtes du Venezuela et la péninsule du Yucatán, il y a environ cinq mille ans. Les fouilles de Hope Estate, de Baie Rouge et de l'îlet Pinel gardent la trace de leurs villages.

Bâtir pour les cyclones

Les peuples arawakophones vivaient dans des villages aux toits de paille conçus pour tenir face aux ouragans. En 2017, Irma a touché près de 95 % des bâtiments de Saint-Martin, dont environ 20 % ont été totalement détruits. La remarque n'est pas anodine : ils avaient conçu leur habitat pour le climat réel.

Un siècle pour disparaître

Les populations autochtones de Saint-Martin sont décimées dès le premier siècle de la conquête espagnole, emportées surtout par les maladies importées. Quand Français et Hollandais se partagent l'île en 1648, il n'y a déjà presque plus personne à consulter.

LE NOM

Soualiga, terre de sel

C'est le nom que lui donnaient ses habitants arawakophones, d'après ses vastes étangs salés. Le sel est ce qui a fait convoiter l'île par toutes les puissances européennes : le nom autochtone disait déjà ce qui allait se jouer.

Un nom donné par erreur

Colomb baptise une île San Martín le 11 novembre 1493, jour de la Saint-Martin. Il attribue en réalité ce nom à Nevis ; la confusion des cartes de l'époque le transfère ensuite ici. Il n'a jamais posé le pied sur l'île qui porte aujourd'hui ce nom.

Le manteau partagé

Saint Martin de Tours est ce soldat qui trancha son manteau en deux pour en donner la moitié. Cent cinquante-cinq ans après le baptême de Colomb, l'île sera coupée en deux. L'histoire aime les coïncidences.

RÉSISTANCE

La frontière comme arme

Quand la France abolit l'esclavage dans la partie française en 1848, des esclaves de la partie hollandaise peuvent franchir la frontière et être reconnus libres au nord. L'esclavage n'est officiellement aboli dans les colonies néerlandaises qu'en 1863, quinze ans plus tard.

Le nombre

Avec le coton, le tabac puis la canne, la population asservie dépasse rapidement celle des propriétaires. Les révoltes se multiplient sur une île de 90 km², où la fuite trouve vite ses limites.

Le 28 mai

L'abolition de l'esclavage est proclamée dans la partie française de Saint-Martin le 28 mai 1848. C'est cette date que l'île commémore aujourd'hui, distincte de celles retenues en Martinique et en Guadeloupe.

MÉMOIRE

Seize fois la frontière

Entre 1648 et 1816, les conflits européens ont déplacé seize fois la ligne de partage de l'île.

1744 : tous expulsés

Le gouverneur de la partie hollandaise laisse les Britanniques débarquer pour attaquer les Français à revers. Toute la population française est expulsée de l'île. Elle ne rentrera qu'en 1748.

6 septembre 2017

Le 6 septembre 2017, l'œil d'Irma englobe l'île et le cyclone ravage Saint-Martin. Environ 95 % des bâtiments sont touchés et près de 20 % sont totalement détruits. Depuis, on ne compte plus les années de la même façon ici : il y a l'avant-Irma et l'après-Irma.

HÉRITAGE

Richardson

C'est le patronyme le plus répandu de Saint-Martin, porté par près de 1 % de la population, et le deuxième d'Anguilla. Ces noms à consonance anglo-saxonne sont assez nombreux ici pour figurer parmi les cent patronymes les plus courants de Guadeloupe.

Deux marcheurs

La légende raconte que la frontière fut tracée par deux hommes partis dos à dos, longeant chacun le littoral. Chaque côté accuse l'autre d'avoir triché : le Français aurait couru, le Hollandais se serait arrêté. Une histoire fausse, mais que tout le monde raconte encore.

On parle anglais

L'anglais est implanté depuis longtemps à Saint-Martin, au croisement des échanges avec les îles anglophones voisines et les États-Unis. Aujourd'hui, c'est une langue du quotidien et une langue véhiculaire majeure des deux côtés de l'île, aux côtés du français et du néerlandais dans leurs espaces institutionnels respectifs.

AUJOURD'HUI

Partir de la Guadeloupe

En décembre 2003, 76 % des votants choisissent de quitter la tutelle de la Guadeloupe. Depuis 2007, Saint-Martin est une collectivité d'outre-mer autonome, notamment en matière fiscale.

Une île, deux pays

La frontière internationale entre les deux parties de l'île se franchit habituellement sans poste de contrôle permanent. Le nord, Saint-Martin, fait partie de l'Union européenne ; le sud, Sint Maarten, est un pays et territoire d'outre-mer associé à l'Union.

Cent vingt nationalités

Côté hollandais, la population descend de plus de cent vingt nationalités et plus des deux tiers des habitants sont nés ailleurs. République dominicaine, Haïti, Jamaïque, Guyana, Dominique : Saint-Martin est une Caraïbe à elle seule.