18.0708°N 63.0501°W
Saint-Martin
Quatre-vingt-dix kilomètres carrés, deux pays, une seule île et pas de frontière. Habitée depuis cinq mille ans, convoitée pour son sel, partagée en 1648 par un traité qui tient encore.
C'est ici que le nom Richardson est le plus répandu de toute la Caraïbe française.
PREMIERS PEUPLES
Cinq mille ans de pirogues
Les premiers groupes méso-indiens arrivent en pirogue depuis les côtes du Venezuela et la péninsule du Yucatán, il y a environ cinq mille ans. Les fouilles de Hope Estate, de Baie Rouge et de l'îlet Pinel gardent la trace de leurs villages.
Bâtir pour les cyclones
Les peuples arawakophones vivaient dans des villages aux toits de paille conçus pour tenir face aux ouragans. Sur une île que Irma a rasée à 90 % en 2017, la remarque n'est pas anodine : ils avaient conçu leur habitat pour le climat réel.
Un siècle pour disparaître
Les populations autochtones de Saint-Martin sont décimées dès le premier siècle de la conquête espagnole, emportées surtout par les maladies importées. Quand Français et Hollandais se partagent l'île en 1648, il n'y a déjà presque plus personne à consulter.
LE NOM
Soualiga, terre de sel
C'est le nom que lui donnaient ses habitants arawakophones, d'après ses vastes étangs salés. Le sel est ce qui a fait convoiter l'île par toutes les puissances européennes : le nom autochtone disait déjà ce qui allait se jouer.
Un nom donné par erreur
Colomb baptise une île San Martín le 11 novembre 1493, jour de la Saint-Martin. Il attribue en réalité ce nom à Nevis ; la confusion des cartes de l'époque le transfère ensuite ici. Il n'a jamais posé le pied sur l'île qui porte aujourd'hui ce nom.
Le manteau partagé
Saint Martin de Tours est ce soldat qui trancha son manteau en deux pour en donner la moitié. Cent cinquante-cinq ans après le baptême de Colomb, l'île sera coupée en deux. L'histoire aime les coïncidences.
RÉSISTANCE
La frontière comme arme
Quand la France abolit l'esclavage en 1848, les esclaves du côté hollandais menacent de passer au nord pour y demander asile. Les autorités locales cèdent et les affranchissent. Ils ont obtenu leur liberté quinze ans avant que La Haye ne la leur accorde.
Le nombre
Avec le coton, le tabac puis la canne, la population asservie dépasse rapidement celle des propriétaires. Les révoltes se multiplient sur une île de 90 km², où la fuite trouve vite ses limites.
Le 28 mai
Le décret d'abolition est appliqué à Saint-Martin le 27 mai 1848 par le gouverneur de la Guadeloupe. L'île célèbre l'abolition le 28 mai — sa propre date, distincte de celle de la Martinique comme de celle de la Guadeloupe.
MÉMOIRE
Seize fois la frontière
Entre 1648 et 1816, les conflits européens ont déplacé seize fois la ligne de partage de l'île.
1744 : tous expulsés
Le gouverneur de la partie hollandaise laisse les Britanniques débarquer pour attaquer les Français à revers. Toute la population française est expulsée de l'île. Elle ne rentrera qu'en 1748.
6 septembre 2017
L'œil d'Irma, cinquante kilomètres de diamètre, englobe l'île entière pendant près d'une heure. Près de 90 % des bâtiments endommagés. Depuis, on ne compte plus les années de la même façon ici : il y a l'avant-Irma et l'après-Irma.
HÉRITAGE
Richardson
C'est le patronyme le plus répandu de Saint-Martin, porté par près de 1 % de la population, et le deuxième d'Anguilla. Ces noms à consonance anglo-saxonne sont assez nombreux ici pour figurer parmi les cent patronymes les plus courants de Guadeloupe.
Deux marcheurs
La légende raconte que la frontière fut tracée par deux hommes partis dos à dos, longeant chacun le littoral. Chaque côté accuse l'autre d'avoir triché : le Français aurait couru, le Hollandais se serait arrêté. Une histoire fausse, mais que tout le monde raconte encore.
On parle anglais
La Seconde Guerre mondiale a arrimé l'île aux États-Unis, et l'anglais y a supplanté en partie le français et le néerlandais. C'est aujourd'hui la langue du quotidien des deux côtés de la ligne, quel que soit le drapeau sur la mairie.
AUJOURD'HUI
Partir de la Guadeloupe
En décembre 2003, 76 % des votants choisissent de quitter la tutelle de la Guadeloupe. Depuis 2007, Saint-Martin est une collectivité d'outre-mer autonome, notamment en matière fiscale.
Une île, deux pays
Aucun poste-frontière, aucun contrôle : on passe d'un pays à l'autre sans s'en apercevoir. C'est l'une des plus anciennes frontières ouvertes du monde. Le nord est dans l'Union européenne, le sud n'y est pas.
Cent vingt nationalités
Côté hollandais, la population descend de plus de cent vingt nationalités et plus des deux tiers des habitants sont nés ailleurs. République dominicaine, Haïti, Jamaïque, Guyana, Dominique : Saint-Martin est une Caraïbe à elle seule.